J'ai donc réussi à fuir l'île de Trinidad par l'avion du lendemain direction Paramaribo, Surinam. Et là, je n'étais pas à la fin de mes surprises. Je découvrais l'aéroport et la ville de "Parbo" de nuit. Tout au long de mon voyage, j'avais pris l'habitude d'arriver de nuit dans une ville et de négocier les prix et le service. Là, à la sortie de l'avion, pas moyen de négocier dans la mesure où les taxis étaient presque plus nombreux que les passagers. A l'arrivée en centre ville, peu d'hotels ouverts et les prix frolaient l'indescence. Au final, en 3 jours, j'ai dormi en moyenne 3 heures par nuit. J'ai atteint un niveau de fatigue rarement égalé. Pour corser le tout, j'ai tenté de prendre les bus collectifs pour rejoindre la frontière. De nombreux taxis me proposaient de faire le voyage en 2 heures pour 40 dollars. Après 5 mois d'Amérique du Sud, difficile d'accepter de payer autant. Je me tapais donc 3h 30 de bus bondé pour rejoindre Albina, village frontière sur la rive surinamienne du fleuve Maroni. Et dans quelles conditions : routes défoncées suite aux années de guerre civile, arrêts fréquents (pause déjeuné, marché aux légumes...), entassement des bagages à l'intérieur du mini bus, manque de suspension du véhicule... et par chance assis sur un strapontin donc dans l'impossibilité de dormir.
Je décidais ensuite de rejoindre Cayenne en stop, n'arrivant toujours pas à m'habituer aux tarifs proposés par les compagnies de bus. Je profitais de la gentilesse d'un automobiliste pour entamer une partie du trajet lorsque, en plein virage, un pneu explosa nous envoyant presque dans la forêt. Sa roue de secours étant presque à plat, je me proposais de le laisser rentrer avec le moins de charge possible. Je me retrouvais donc sur le bord de la route, en pleine forêt, en plein soleil et sans trop d'eau pour faire du stop. La fréquence des passages étant en moyenne d'une voiture toutes les 10 minutes, je poireautais 2h30 me voyant déjà finissant mes jours sur le bord d'une route de Guyane. Je commençais à désespérer lorsque je voyais les quelques voitures accelérer lorsqu'elles me voyaient. J'ai appris plus tard que cette route faisait l'objet d'actes fréquents de piraterie. L'histoire s'est bien terminée grâce au concours de Carl avec lequel j'ai bien sympathisé et qui m'a fait faire la visite de Kourou et de Cayenne.
J'arrive donc au terme de ce voyage de 5 mois. Que d'images, que d'odeurs, que de souvenirs, que de rencontres ! Je sens que j'y ai grandi. Ce continent m'a marqué. L'Amérique du Sud m'appelle à nouveau et je dois y retourner bientôt. Je ressens ça comme une obligation.
